Imaginez un baquet. Pas un seau en plastique, non. Un vieux
baquet. Fait de planches de bois aboutées et jointives, puis enserrées par un
cercle d’acier serti. Nos arrière-grands-parents, nos grands-parents, nos
parents peut-être s’en servaient pour aller puiser l’eau au fond des puits. On
le remontait lentement de peur qu’il se vide, l’eau s'échappait un peu, mais elle
était la vie. A cette époque, on ne la gaspillait pas. C’était une ressource
précieuse.
Mais je ne vais pas parler d’eau. Ce sera pour une autre
fois peut-être, car dans de nombreux pays, et même en certaines régions de France,
l’eau se fait rare et ces territoires sont en état de stress hydrique. Dans de
nombreuses régions du monde, l’eau est appelée l’or blanc, l’eau est un trésor.
Je voulais revenir à mon baquet. Ce baquet a une fonction :
recueillir de l’eau. Il est fait pour ça, c’est sa mission. S’il ne remplit pas
sa mission, il ne sert à rien, on peut le jeter. Et quand je dis remplir, vous avez compris : en se remplissant,
le seau remplit sa mission.
Maintenant, imaginons un baquet neuf fait de bois noble, du
chêne peut-être. Un baquet magnifique, immense. Il peut contenir de l’eau,
beaucoup d’eau. C’est bien. Seulement, parfois, on pourrait envisager de
remplacer une planche ou deux par un morceau de pin, un vieux morceau de pin.
Ou alors on pourrait cesser d’entretenir le baquet, laisser telle ou telle planche
pourrir, se détériorer. Le fond peut-être pourrait être fait d’un bois
quelconque. Le fond, ça ne sert à rien, n’est-ce pas ? En plus, ça ne se
voit même pas. Alors on laisse les choses se faire et on montre le baquet. Qu’il
est beau mon baquet, qu’il est grand (évidemment, on cache ses points faibles,
on met la planche pourrie et désagrégée derrière pour que personne ne puisse la
voir). Bref, vous voyez ce qui se passe quand on n’entretient pas notre système
de puisage : mettez de l’eau dedans et il fuira de partout ; il
contiendra moins d’eau et peut-être qu’il explosera…
Ce n’est pas les points forts qui conditionnent un système,
mais ses points faibles. L'un est sportif, le meilleur de sa catégorie.
A quoi cela lui sert-il s'il est sans cesse blessé, sujet aux entorses ?
L'autre est chanteur lyrique, sa voix est splendide, il est ténor, contre-ténor
peut-être, il chatouille le contre-ut. Hélas il est si timide qu'il ne peut pas chanter en public. Celui-ci a la meilleure voiture du monde, la plus
rapide, la plus belle ; elle ne pollue pas, ne consomme presque rien mais son moteur chauffe et
explose au bout de dix-mille kilomètres ; en voudriez-vous ? Celui-là a une maison extraordinaire, la plus belle du monde mais elle est construite sur un ancien
marécage et s'enfonce inexorablement : vous la lui achetez combien ? Je pourrais multiplier les
exemples.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser (ou plutôt à ce qu’on
tente de nous faire croire), le monde n’est pas conditionné par ses points forts
mais par ses points faibles. Tout système est conditionné par son point le plus
faible.
Pensez-vous qu’un système économique puisse ignorer longtemps
la misère des peuples ? Pensez-vous qu’une politique de développement
durable qui prône le rendement économique et promeut un peu l’environnement
(pour faire joli…) peut perdurer si elle ne prend pas en compte le troisième pilier, le pilier
sociétal ? Pensez-vous qu’on puisse construire un monde sans ses habitants
et en particulier les plus pauvres ?
Nous sommes tous des baquets. Les systèmes sont des baquets,
y compris les systèmes politiques. Le monde est un immense baquet.
Et il fuit de partout.
C’est là que l’avenir en commun, programme politique à part
entière, prend tout son sens. Il est un juste équilibre entre une économie
performante au service du peuple, la préservation de l’environnement au travers
de la règle verte et une doctrine sociale qui tient en quatre mots : l’humain
d’abord.
La politique des Insoumis est un baquet, mais un baquet
solide. Grâce à lui, nous puiserons de l’eau longtemps. Le baquet
remplira sa mission.